L’éducation aux écrans

Mercredi 3 juin 2015

Cette action est construite autour d’un parcours de sensibilisation et de formation des jeunes, pour un Internet responsable et citoyen. Ses objectifs sont les suivants : adapter ses comportements dans les usages des réseaux sociaux ; apprendre à échanger avec d’autres, à partager avec des adultes ses expériences, à partager les difficultés rencontrées dans ses usages des réseaux numériques ; développer un esprit critique ; connaître les droits et devoirs d’un internaute responsable.

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Programme

Mercredi 3 Juin

- Accueil des participants
- Discours d’ouverture :
André SIROTA, Président des CEMEA
Laurent BEAUVAIS, Président de la Région Basse-Normandie
Christophe PROCHASSON, Recteur de l’Académie de Caen, Chancelier de l’Université

Par Sophie Jehel, Maitresse de conférences en Sciences de l’information et de la communication Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis, chercheuse au CEMTI (Centre d’étude sur les médias, les technologies et l’internationalisation)

Dans le cadre du dispositif « Éducation aux écrans », ont été récoltées les réponses à 1600 questionnaires qui ont donné lieu en 2014 à une analyse des pratiques numériques des jeunes au regard des attentes que les acteurs éducatifs partagent vis-à-vis du Web : participation, production, accès à l’information et à la connaissance, mais aussi des risques qu’ils appréhendent : sous équipement, mauvaises rencontres, exposition aux images violentes, harcèlement, dépendance … Suite aux résultats du premier Observatoire des pratiques numériques des jeunes en Basse-Normandie, des entretiens ont été conduits en 2015 auprès de 50 jeunes de 16-17 ans fréquentant des filières professionnalisantes et le dispositif Éducation aux écrans, qui permettent de mieux comprendre les configurations des pratiques et la réalité des risques encourus par les adolescents, et de mieux dessiner les accompagnements à consolider.

5 constats peuvent se dégager de l’enquête quantitative recueillie dans l’observatoire 2014 :

  • Des jeunes très équipés, très connectés
  • Des activités concentrées sur un petit nombre de plateformes (Youtube, Facebook, Google, Skype, Twitter)
  • Le rôle central des RSN pour les informer sur les sujets qui les concernent
  • Un haut niveau d’inquiétude (virus, utilisation des données personnelles, escroquerie, harcèlement)
  • Des activités et des risques très différenciés selon le sexe

Sur cette base, l’analyse qualitative auprès de jeunes engagés dans des filières professionnalisantes a creusé les modalités d’usage des réseaux sociaux et de dresser 6 constats :

  • Le recours à l’image dans les communications interpersonnelles est de plus en plus fréquent
  • Il occasionne une plus grande exposition de soi et une vulnérabilité au regard des autres, que les jeunes tempèrent en limitant le nombre de leurs amis sur certaines applications (Snapchat en particulier)
  • Il permet aussi des pratiques « d’espionnage » devenues courantes, sur le fil d’actualité de Facebook ou sur les « stories » de Snapchat
  • Les RSN sont consultés le plus souvent sur le téléphone portable, dont les notifications rythment le temps de beaucoup d’entre eux, la déconnexion est souvent plus facile lorsqu’elle s’impose pour des raisons externes (établissement mal connecté, téléphone qui se casse)
  • L’accès à l’information sur le fil d’actualité des RSN propose pêle-mêle des « actualités » totalement disparates, informations privées sur la vie des copains, alertes diffusées par les médias d’information auxquels ils sont abonnés, vidéos recommandées par les contacts Facebook…
  • Le harcèlement sur les RSN est fréquent, les adolescents se sentent démunis pour y faire face, écrasés par le sentiment d’être dans une foule, et de ne pas pouvoir faire grand-chose, le conformisme au groupe les incite parfois à rendre responsables les filles des malheurs qui leur arrivent.

Si les adolescents ont très largement apprécié d’avoir des moments pour travailler sur les questions des médias et s’ils en ont toujours tiré des enseignements pour mieux réguler leurs pratiques, ils sont unanimes à désigner le collège comme une période de forte dérégulation, et il apparait clairement qu’ils auraient encore besoin d’accompagnement pour « faire le tri » des contacts (selon leur expression) mais aussi des informations. Pris dans un flux d’activités souvent pulsionnelles, ils ont besoin d’aide pour prendre le temps de la réflexivité, diversifier leurs pratiques numériques, les sites fréquentés, et acquérir plus de confiance pour utiliser les RSN d’une façon qui leur soit favorable.

Par Philippe Meirieu, professeur des Universités en sciences de l’éducation


On a pu penser, un moment, que l’informatique serait un “objet technique” comme un autre, permettant de faire plus vite et efficacement ce qu’on faisait déjà, un “outil” susceptible – comme la langue d’Esope – de bons ou de mauvais usages. Cela reste, en partie vrai... Mais on s’aperçoit, de plus en plus, que le numérique, au-delà de la technique, devient une véritable “culture” et transforme profondément notre manière de vivre et de voir. L’éducation scolaire ne peut rester à l’écart de ce mouvement car elle est directement impactée par le développement du numérique. Elle est impactée à travers les élèves qui entrent en classe, d’abord : tous sont déjà hyperconnectés, tous ont déjà acquis des habitudes et un fonctionnement mental devant les écrans – de natures différentes selon l’éducation familiale – mais incontestablement décisif pour les uns comme les autres. Elle est impactée à travers les outils numériques dont elle dispose ou dont elle va disposer incessamment, sous la pression des familles et la concurrence que se livrent, sur ce point, les collectivités territoriales. Elle est impactée parce que le numérique, plus globalement modifie notre rapport au monde, la relation que chacun de nous entretient entre le “réel et le “virtuel”, mais aussi avec les autres et, enfin, avec la difficile question de la “vérité”.
L’Ecole est interrogée : elle doit répondre. Ni par la technophobie, ni par la technophilie.  Ni en diabolisant le numérique, ni en le transformant en remède miracle. Elle doit analyser le numérique et son apport au regard de ses finalités : transmettre et émanciper, remplacer les rapports de force par la recherche de la précision, de la justesse, de la vérité, préparer plus encore qu’au “vivre ensemble” à un véritable “faire ensemble” permettant de penser et de construire le “bien commun”. C’est à l’aune de ces finalités qu’il faut interroger le numérique. C’est au regard de ces perspectives qu’il faut analyser ses usages sociaux et définir ses usages scolaires.
C’est ainsi que l’on apprendra ensemble à réguler cet usage : non parce que nous obéirons à des “règles” extérieures, mais parce que nous aurons découvert ensemble les moyens de former des citoyens, avec le numérique et au numérique, des citoyens du numérique, mais, surtout, des citoyens lucides capables de s’engager lucidement dans une démocratie pour un monde plus solidaire.

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A L'AFFICHE

  • Sophie Jehel

Sophie Jehel est maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis, co-responsable du master Industries créatives, Médias, Web et Art, chercheure au Laboratoire...

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  • Philippe Meirieu

Philippe Meirieu a été instituteur, professeur de philosophie et de Lettres. Il est aujourd’hui professeur des universités en sciences de l’éducation à l'université LUMIERE-Lyon 2. Engagé à plusieurs reprises dans des chantiers...

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Infos pratiques

Infos Education aux écrans

Mercredi 3 juin 2015 de 14h00 à 17h00

Amphithéâtre Pierre Daure - Université de CAEN - Esplanade de la Paix

Accessibilité :

Langue des signes

Partenariat :

  • Rectorat
  • CEMEA
  • MAIF

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